Pascal Montrouge
Objets Chorégraphiques

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« Etre une île sur l’île » Luigi Pirandello

Pascal Montrouge appartient au courant « compositionnel » de la danse contemporaine, celui qui fait du chorégraphe un auteur, élaborant une grammaire et un vocabulaire chorégraphique. A chaque pièce correspond une problématique à laquelle répond une écriture prenant en compte une temporalité, un texte, une musique, des objets et des corps afin de construire un espace. Un espace où tous ces éléments, pour qu’ils se réalisent, doivent être impliqués et non pas déroulés. Une démarche que l’on retrouve jusque dans le nom de sa compagnie, Pascal Montrouge Objets Chorégraphiques, et qui évoque le travail de l’architecte Jean Prouvé, pour qui « tout objet à créer impose à la base ‘une idée constructive’ rigoureusement réalisable». Le texte, par exemple, est un élément structurant de ses chorégraphies. Absent ou présent lors des spectacles, pour ce chorégraphe attaché aux notions de mouvement et de danse abstraite, le texte ne raconte pas d’histoire mais fonctionne comme une voix, un son, un instrument, porteur de sens, à côté, avec, ou en contrepoint du corps. Un statut auquel n’échappent pas la musique et la lumière. Souvent travaillées séparément de la danse, elles contribuent à mettre en perspective les problématiques récurrentes explorées dans chaque création. Des créations travaillées en étroite collaboration avec ses danseurs. « Après plusieurs mois passés en studio, pendant lesquels ils ont été bombardés d’informations, ils arrivent sur scène en ayant l’impression de ne plus rien maîtriser du sens profond de la pièce. Je cherche avant tout à ce qu’ils oublient l’idée de représentation pour libérer leur intimité. Pour qu’ils s’abandonnent à eux-mêmes », explique le chorégraphe. Pour lui, composer c’est débattre. Avec les autres, mais aussi avec le monde.

Une île sur une île : une autre nature de danse

Difficile de décrire un sentiment aussi intime que la relation de Pascal Montrouge insulaire à son île. « Etre une île sur l’île », écrivait le dramaturge italien Luigi Pirandello pour dire la relation complexe qui lie à jamais un homme à sa terre. Une terre, La Réunion, qui, comme toute île, selon Predrag Matvejevitch, écrivain et philosophe spécialiste de la dissidence, a cela de particulier «qu’elle transforme sa mémoire en héritage». A preuve, cette confidence faite à l’occasion de la création de son solo, Chez Lilith : « A travers cette pièce, je commençais un long travail de remise en question de ma danse en interrogeant mes sources. Profondément ancrée au sol, engagée sur des rythmes que je n’avais que peu abordés jusqu’alors, circulaire, à chaque pas cette danse me ramenait intimement à mon île. Mon corps devenait un carrefour». A l’image de La Réunion, dont la particularité est d’avoir construit sa communauté sur des bases multiethniques, la danse de Pascal Montrouge s’est construite une autre nature. Ni ethnique, ni créole, ni rigoureusement issu d’une école estampillée nouvelle danse française : le langage de Pascal Montrouge privilégie l’abstraction comme moyen d’ouverture, comme façon de laisser la porte ouverte à toutes les influences.

Pascal Montrouge © Pascale Beroujon



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