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Qu’importe qu'ils se soient perdus (en tournée)

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« Se surprendre soi-même et soi-même saisir … Corps misérables, il est temps de s’unir ». Paul Valéry, fragments de Narcisse

Qu’importe qu’ils se soit perdus est l’histoire d’une mutation peu conventionnelle dans le monde de la danse : celle d’une pièce qui, filmée selon sa partition chorégraphique, s’est transformée en deux installations plastiques. Créée à Royaumont dans le cadre du « Grand Atelier », espace de réflexion sur la composition chorégraphique dirigé par Susan Buirge, cette pièce courte de 10 minutes pour trois danseurs et deux barytons avait pour but de confronter l’écriture du compositeur contemporain Tiziano Manka à celle de Pascal Montrouge. « Il n’a pas été question d’écrire une musique de danse », explique Tiziano Manka : « Nous avons mis en commun nos façons de concevoir la composition afin d’en tirer deux formes autonomes. De voir et d’écouter les résonances de l’une à l’autre». A partir des sensuels Fragments de Narcisse de Paul Valéry, chorégraphe et compositeur ont donc interrogé « ce que pourrait être un en deçà de la danse et de la musique». Un en deçà incarné pour Tiziano Manka par le murmure, cette simple circulation d’air plus proche du bruit que du son, qui est souvent utilisé pour ses effets rythmiques, et pour Pascal Montrouge par la contraction, principe en général appliqué à un segment du corps qui est à l’origine de l’intensité du mouvement. Ces deux notions, qui nécessitent le même effort prolongé pour retenir la voix et le geste, partagent un même handicap : elles sont anti-spectaculaires. « En visionnant la captation de la pièce, je me suis aperçu que les dimensions fondamentales du murmure et de la contraction étaient en contradiction avec la notion de représentation », explique Pascal Montrouge. Il fallait donc trouver une autre manière de plonger le spectateur dans les « en deçà » de Qu’importe qu’ils se soient perdus. D’ou l’idée d’une adaptation plastique, intitulée Qu’importe qu’ils se soient perdus, phase 2. La partition de la pièce, écrite geste à geste, sert alors de synopsis à cette nouvelle version. « J’ai utilisé la caméra comme un œil. Pour obtenir la vision globale de la pièce, j’ai opéré un gros plan sur le murmure du mouvement, en travaillant la segmentation », explique le chorégraphe. Pour cette phase, le film ensuite monté est projeté sur trois murs correspondant chacun à la partition d’un danseur, à la stricte implication de son mouvement dans l’espace et le temps de la pièce originelle. Pour la phase 3, qui termine l’exploration de toutes les ressources de la pièce sur le même principe (la partition de la pièce sert toujours de base à un nouveau synopsis), il est question cette fois, de projeter des images agrandies de corps fragmentés sur un sol ayant la texture d’une peau. Contrairement à la phase 1, on ne reconnaît pas les corps dont seuls des fragments sont visibles. « En voyant ces images j’ai compris que murmurer le corps en le contractant, note Pascal Montrouge, est une manière de franchir cette fragile frontière qui sépare le charnel du charnier ». Ou, comme l’écrivait Paul Valéry : « De réduire la distance entre soi-même et l’ombre ».





Générique

Qu’importe qu'ils se soient perdus - phase 1
Créée les 7 et 14 avril 2002 à l’Abbaye de Royaumont (Asnières/Oise)
Durée : 10 minutes
Qu’importe qu'ils se soient perdus - phase 2
Créée le 30 mars 2003 à la villa Noailles (Hyères)
Qu’importe qu'ils se soient perdus - phase 3
Créée le 7 et 8 octobre 2005 à la Galerie des remparts (Toulon)
Chorégraphie : Pascal Montrouge
Musique : Tiziano Manka
Interprètes : Michel Barthôme, Thierry Lafont et Bertrand Lombard (danse) Laurent Alvaro et Jean-Christophe Jacques (chant)
Montage : Pascal Montrouge, Olivier Schmitt
Production : Compagnie Pascal Montrouge
Avec le soutien de : Fondation Royaumont, Centre culturel de rencontre (Asnières-sur-Oise) et villa Noailles, FIAMH (Hyères)





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