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Peter Sloterdijk, biographie
Philosophe allemand, Peter Sloterdijk est l'un des penseurs les plus stimulants du moment. Dans un style vif, non sans humour, il déploie une pensée parfois provocatrice qui offre une image dépoussiérée du monde. Parce qu'elle récuse le monopole de la théorie critique exercé par des penseurs qui ont pour seule « audace » de livrer leurs angoisses technophobes, la pensée existentielle de Peter Sloterdijk renoue avec une forme de générosité peu commune dans le champ philosophique. Si Peter Sloterdijk ne fait aucune concession aux théories du progrès ni à celle de la décadence, il porte néanmoins un diagnostic sans équivoque sur le monde moderne. Ayant « à l'oreille les détonations de notre temps », comme il l'exprime lui-même, il repense les tensions d'une époque où la fragilité grandissante est dorénavant envisagée comme un facteur aussi riche de menaces que d'espoirs. Chez lui, l'hybridation des savoirs - du mythe à la psychanalyse, de la tradition philosophique à la sociologie, jusqu'aux chantiers ouverts par la bioéthique - se fait l'écho de la pluralité des approches interprétatives. Dans sa trilogie des Sphères, il fait une description sans précédent du phénomène de la vie sous la forme d'une odyssée de l'être à travers les différents temps de la civilisation.

Écumes et Os, les points de contacts
C'est en partant du concept spatial de la sphère que Peter Sloterdijk formule une philosophie du lieu dans lequel les hommes vivent et approfondit sa théorie de l'espace partagé. Entreprise philosophique déterminante sur les rapports entre l'Etre et l'Habitat, Ecumes, titre de son dernier ouvrage, aborde les rivages du devenir des communautés humaines et des espaces intimes. Où est l'individu ? Quels lieux habite-t-il réellement ? Cette enquête décrypte un individu pris dans toutes ses ambiguïtés, partagé entre l'affirmation de « soi » et sa fragilité nécessaire, entre l'identité et la différence, la liberté et la nécessité. Dans un monde de plus en plus « globalisé » et densifié, comment trouver des formes de pensée et de comportement qui nous aident à sortir des structures du désir rivées au « soi » ? Os, le dernier opus de Pascal Montrouge, s'inspire de cette nouvelle philosophie qui prône le bonheur et la liberté en établissant une critique radicale de l'héroïsme. Et qui se penche sur les modes de recomposition des savoirs dans une société en quête permanente de racines et d'elle-même. Où les frontières entre le Soi et l'Etranger ont tendance à se confondre.

La danse et le dressage humain : l'effort et le héros
En 1995, l'historien américain William H. McNeill publie son étude La danse et le dressage dans l'histoire humaine. Il se penche sur les techniques corporelles, déjà employées au 16ème siècle à l'Ecole de guerre de Maurice d'Orange, qu'il nomme « dressage rythmique ». Selon lui : « quand le rythme est identique à l'effort commun, il est ressenti comme un soulagement ». Cette dépense rythmique et corporelle quand elle est ressentie comme un soulagement permet alors « de repousser sans cesse le point d'épuisement » d'une société. Au fil du temps, ce dressage rythmique s'est également appliqué aux individus. Notamment au travers du sport. Désormais, il n'est plus nécessaire de faire partie d'une armée pour exalter les valeurs du collectif. Le sportif, mis en scène dans l'arène du sport, est un individu qui incarne à lui seul la destinée du collectif. Il est un héros. Valeur qui articule en les opposant les notions de bien et de mal. D'Etranger de de Soi.

Le decorum , ou la mort du héros l'apogée d'un nouvel effort
Dans Écumes, Peter Sloterdijk revient sur les capacités d'évaluation rétroactive des valeurs héroïques, collectives ou individuelles, faites par les sociétés sous le coup « du stress de la guerre ».En revenant sur la réévaluation des règles selon lesquelles il faut organiser la vie du groupe après le combat, il démontre que « ni de simples cultures de vainqueurs, ni de simples cultures de perdants ne seront en mesure de tirer, de leurs propres moyens, des processus d'apprentissage méritant d'être transmis à long terme ». En cela, Peter Sloterdijk signe la mort du héros et prévoit une extension de l'ère des diplomaties : « La véritable communauté d'effort est désormais composées d'hommes qui ne se consacrent pas tant au déchaînement des énergies qu'au contrôle de situations qui exigent ce déchaînement ». C'est le signe d'une impossible opposition du Bien et du Mal. Une remise en cause de la notion d'Etranger et de Soi. La pensée immunologique, ou le système diplomatique de la réorganisation des savoir-vivre et des savoir-être. Au 20ème siècle, les études immunologiques et le savoir philosophique ont établi ensemble une nouvelle incertitude : « Ce n'est pas un hasard si l'on voit se dessiner dans les interprétations récentes du phénomène de l'immunité une tendance à attribuer à la présence de l'Etranger un rôle beaucoup plus important qu'on ne le prévoyait dans les conceptions identitaires traditionnelles ». Cet éclairage sur la notion complexe d'identité (des hommes comme celle des sociétés) montre comment le « Soi » n'est pas construit de manière fermée et monolithique : « L'identité est une prothèse d'évidence en territoire incertain. Pour la fabriquer on utilise aussi bien des modèles individualistes que des modèles collectivistes ». Un constat qui, selon Peter Sloterdijk, rend compte de la diversité des approches et des inventions du monde. Et qui donnerait aux êtres humains, s'ils cessaient de réorganiser leurs savoirs selon les distinctions Bien-Mal, Vainqueurs-Perdants, la possibilité de coexister dans des sociétés modernes différentes en développant de nouvelles façons de structurer leurs savoirs. Bien et Mal n'ont plus de raison d'être : l'étranger fait désormais partie de « Soi ».

Petite définition de l'exode
Os, dont le thème central est la marche comme figure de l'exode, reprend et imbrique les deux sens du mot qui recouvre deux réalités différentes. Au 13ème siècle, le mot exode (du latin chrétien Exodus, du grec exodos, « action de sortir » ), désigne avant tout le second livre de la Bible racontant la sortie d'Egypte des Hébreux sous la conduite de Moïse, le don des Dix Commandements et les pérégrinations du peuple hébreu dans le Désert du Sinaï vers la Terre promise. Par extension, il signifie le déplacement d'un groupe hors du lieu où il vit habituellement : le départ massif d'une population ou d'une partie d'une population, généralement à la suite d'un cataclysme, d'une guerre ou d'une crise économique. Au 16ème siècle apparaît un nouveau mot : Exode ! Emprunté au latin exodium (farce qui termine un spectacle) et au grec exodion (dénouement , dérivé de exodos, sortie ) , il désigne la dernière partie d'une tragédie grecque, qui, après la sortie du chœur, contenait le dénouement. Et chez les Romains la petite pièce qui se jouait après la tragédie pour achever le spectacle.

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Pascale Beroujon

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